2003

Vive la nature morte

Texte par Christine Palmiéri

On entre par effraction dans l'œuvre d'Éric Lamontagne, par la déchirure même de la toile, déchirure de la peinture, déchirure-icône chère à Lucio Fontana. L'artiste puise aussi dans les préoccupations des artistes de Support-Surface des références à la peinture, à la matière, aux matériaux toile et pigment. Mais face à ces expériences abstraites de la couleur et de la forme que le groupe Support-surface a menées pendant les années 70, il provoque une autre déchirure en insufflant cette fois une figuration outrancière qui semble naître de la matière picturale de la toile, s'étalant de façon inégale sur des grands formats puis envahissant l'espace dans une tridimensionnalité inattendue. Nous pénétrons dans un décor québécois familier où des artéfacts de nature aussi tragique que des trophées de chasse ou un crucifix semblent s'arracher à leur support dans une esthétique troublante, lieu abandonné où continue de brûler sur vidéo l'image d'un feu au fond d'un foyer. «Vive la nature morte» joue sur l'ambiguïté du sens même de la nature morte en confrontant le citadin avec l'idée d'une nature perdue qui ne peut être appréhendée qu'au travers d'une fenêtre ou d'un écran comme en témoignent les deux grandes toiles placées devant la baie vitrée de la galerie. La nature se trouve ainsi sacralisée sur des toiles/ vitraux. La lumière naturelle passe à travers les pigments qui semblent s'enflammer et renforce son apparition dans l'espace de la galerie. Les fleurs du tapis jaillissent de la toile-tapis comme pour démontrer cette relation complexe entre le perceptif et le sémantique. Il entreprend un dialogue entre la nature disparue et la nature morte: celle-ci conservant la nature vivante à travers l'histoire de la peinture. Dans une approche ludique, l'installation, qui comprend de la peinture, des éléments sculpturaux et de la vidéo dans un dispositif théâtral qui reconstitue un décor intérieur, les différents icônes reconstituent l'idée de peinture et narrent l'histoire des disparus.