2015

To paint a canvas

Text by Isabelle Lynch

What does it mean to paint a canvas? Taking a cue from this common expression, Éric Lamontagne’s exhibition To paint a canvas playfully takes as subject matter the textured fabric of raw canvas. While Lamontagne’s warm grey and sombre beige monochromes might seem instantly recognizable as unpainted canvases, painterly brushstrokes uncover their illusory nature. Seeing as the works are created on wood, the rigid surfaces of the canvases are created by brushstrokes. Rather than exposing raw canvas to break the illusion of the pictorial space, Lamontagne embraces illusionism and recreates the textures and patterns of surfaces usually hidden beneath layers of paint. The works do not reveal or uncover what is usually beneath an image according to the representational model of traditional painting, but reproduce an illusion of the absence of representation. Lamontagne’s painted canvas, however, are still representations.

The textured folds recreated with paint recall the textural details and enveloping folds of clothing or drapery often found in the history of painting. Highlighting questions of representation, the fold here creates ambiguity between the presupposed boundaries separating reality from representation, content from form, and surface from depth. Here, they become folded into one another; that which is traditionally used to support the image becomes the image.

Lamontagne works by digitizing various folded pieces of canvas. These digital images are then vectorized and transformed into digital code, which magnifies or distorts the surface of the canvas. The artist meticulously reproduces the digital interpretations of canvas surfaces on pieces of wood. Despite this highly scientific process, visible brushstrokes and the materiality of paint invite a reconsideration of the highly realistic surfaces of trompe-l’oeil painting. Threading the line between hyperrealism and abstraction, Lamontagne’s works reveal the unexpected through magnification. The digital images are also used to create a series of silkscreen prints, which destabilize notions of authenticity and the singularity traditionally associated with painting. Slight imperfections and Lamontagne’s manual retouching of the silkscreens are traces of difference.

The works in the exhibition playfully embrace traditional representational techniques: the flatness of the support and the use of paint to create the illusion of three-dimensional space, or in this case, canvas. Lamontagne’s choice of subject matter, perhaps ironic or absurd, invites a reconsideration of representational painting. Despite their illusionism, the trompe-l’oeil paintings poetically push up against the limits of painting. Lamontagne’s works confront viewers with a playful optical illusion by inviting us to reconsider what it means to paint a canvas.

Peindre une toile

Texte par Clea Calderoni

« Une toile blanche c’est ce qu’il y a de plus beau, et pourtant on ne peut pas la laisser telle qu’elle. Il faut y ajouter des éléments »1. Éric Lamontagne aurait pu choisir d’exposer des toiles vierges, mais il préfère insister sur le processus de la peinture.

Le titre de cette exposition, Peindre une toile, est un jeu de mots : il s’agit de l’expression commune prise au pied de la lettre. En effet, l’artiste expose des peintures représentant des toiles. « L’idée initiale vient de l’expression « peindre une toile » que je retourne dans tous les sens, sous toutes ses coutures » explique-t-il.2

Pour réaliser ces « toiles », le peintre met en place un processus minutieux. Il commence par numériser différents types de toiles, en jouant avec différent pliage pour créer des compositions. Il vectorise ensuite les images obtenues, ce qui consiste à transformer les différentes zones d’une image en code numérique, c’est-à-dire que l’image est simplifiée en zones de couleurs. La transposition vectorielle agit comme un microscope pour donner différents effets d’échelles, qu’il recopie intégralement sur bois. Compte tenu du fait que chaque vectorisation peut être obtenue à partir de paramètres différents, il obtient différentes interprétations mathématiques du motif de la toile.

Pour varier les approches et enrichir le projet, Lamontagne a aussi réalisé une série de peintures sur le même principe, mais à l’aide de sérigraphies imprimées sur bois, leur conférant ainsi le statut de tableaux. Le but est de jouer ironiquement avec l’idée de rareté et de pureté qui est associée à la peinture en multipliant les tableaux similaires, pourtant tous différents grâce à un traitement de surface inégale et des retouches aux pinceaux.

Le peintre joue avec les effets du mimétisme : dans un premier temps, nous reconnaissons le motif de la toile, le regard pénètre physiquement dans l’espace du tableau qui fonctionne alors comme un trompe-l’oeil. Nous pensons voir une toile, et en nous approchant, nous remarquons qu’il s’agit bel et bien de peinture. La couleur appliquée contribue donc à mettre en tension la surface du support avec le motif de la toile.

Effectivement, l’artiste travaille au pinceau, « un acte de résistance » selon lui. Il laisse volontairement des traces pour créer de la texture à la surface de la toile. Lorsqu’on regarde ces tableaux de près, nous voyons chaque touche de peintures, chaque imperfection, chaque empattement. Ce travail minutieux implique un savoir-faire et une dimension métaphysique inexistante dans l’image numérique initiale.

Les oeuvres d’Éric Lamontagne brouillent les frontières entre la réalité et la fiction. L’artiste s’amuse avec les codes de la peinture. Les oeuvres qu’il appelle « monochromes hyperréalistes »3 mettent en valeur la mysticité de la toile en y juxtaposant représentations réalistes et toile nue. « La représentation s’abolit dans le représenté »4 ; la toile, qui est habituellement le réceptacle d’une image, devient ici le sujet même.

Peinture à numéro 2, 2015, acrylique et encre sur bois, 53,3 X 52,8 cm / Painting by number 2, 2015. Acrylic and ink on wood. 53.3 X 52.8 cm.
Peinture à numéro 3, 2015, acrylique et encre sur bois, 59,1 X 50,5 cm / Painting by number 3, 2015. Acrylic and ink on wood. 59.1 X 50.5 cm.
Peinture à numéro 7, 2015, acrylique et encre sur bois, 122 X 101 cm / Painting by number 7, 2015. Acrylic and ink on wood. 122 X 101 cm.
Peinture à numéro 6, 2015, acrylique et encre sur bois, 35,3 X 44,5 cm / Painting by number 6, 2015. Acrylic and ink on wood. 35.3 X 44.5 cm.
Peinture à numéro 5, 2015, acrylique et encre sur bois, 41,2 X 48 cm / Painting by number 5, 2015. Acrylic and ink on wood. 41.2 X 48 cm.
Peinture à numéro 4, 2015, acrylique et encre sur bois, 53,3 X 53,3 cm / Painting by number 4, 2015. Acrylic and ink on wood. 53.3 X 53.3 cm.
Peinture à numéro 1, 2015, acrylique et encre sur bois, 58,4 X 52,1 cm / Painting by number 1, 2015. Acrylic and ink on wood. 58.4 X 52.1 cm.