2009

Cabanisme, perspective sur un mouvement méconnu

Texte par M-F Beaupré

Le mouvement Cabaniste tire son nom de l'expression colorée « ma cabane au Canada ». Il a vu le jour dans les années 60 et on retrouve encore son influence aujourd'hui. Dans cette rétrospective plus d’une vingtaine d’œuvres et des archives du groupe seront présentées, une première puisque les membres souhaitaient œuvrés dans le plus grand des secrets. Les tableaux réalisés par les cabanistes se caractérisent par une esthétique à la fois traditionnelle et moderne. Les artistes de ce mouvement sont en quête d'authenticité et s'inspirent de la culture populaire québécoise tout en l'inscrivant dans la modernité. Étant allergiques aux vanités du monde de l'art, ils souhaitent mettre en lumière le manque d'audace de certains peintres paysagistes et la suffisance de plusieurs artistes modernes. Certains membres seront même des activistes radicaux qui souhaitent par leurs actions changer la perception de la culture québécoise et mener la population à préserver ses richesses naturelles. Voici comment Yvon Chassé, membre fondateur du Cabanisme, présentera la position radicale de son groupe: « Vous savez, on peut mêler l'histoire de la criminalité à celle de la peinture. Au début, on peignait comme on tue, à main nue. L'art brut, on pourrait dire… L'instinct avant la technique. Ensuite sont intervenus l'outil, le bâton, le pinceau. Un beau jour, on s'est mis à peindre au couteau. Regardez le travail d'un Riopelle et d'un Jack l'Éventreur… Et puis on a inventé le pistolet. Peindre au pistolet apportait quelque chose de définitif et de radical. Maintenant, pour ceux qui ont besoin d'un dessin pour comprendre, nous voulons peindre à la bombe… » C'est en 1962, que Chassé décide de fonder clandestinement le Cabanisme, il se donne comme mission de protéger le paysage québécois en posant des actions extrêmes si nécessaire. L'art devient le moteur pour propager ses idéaux. Heureusement, dans les années 70, les artistes Cabanistes assouplissent leurs positions. En 1979, la mort dramatique d’Yvon Chassé mettra plus ou moins fin au mouvement. À cette époque, plusieurs artistes quitteront le groupe. Plusieurs jeunes artistes s'identifient aujourd’hui à Chassé dont Martin Bureau, Marie-Soleil Bordeleau, Éric Lamontagne et BGL. Ils sont les nouveaux cabanistes puisqu’ils réalisent à leur manière des œuvres où l’on valorise le paysage québécois, l'art populaire, la protection de l'environnement et l'engagement social par l'art.